Changement climatique et inondations : nouveaux risques pour les sites industriels

Des secouristes vêtus de tenues réfléchissantes interviennent face aux inondations dans une rue résidentielle.

L’essentiel

  • Selon le GIEC, les fortes précipitations sont devenues plus fréquentes et plus intenses depuis les années 1950 ; les pluies journalières extrêmes s’intensifieraient d’environ 7 % par degré de réchauffement.
  • Sur l’arc méditerranéen, les épisodes dépassant 200 mm en 24 heures sont deux fois plus nombreux qu’au cours des années 1960, selon Météo-France.
  • Lors des inondations de sites industriels, le rejet de matières dangereuses est le phénomène le plus fréquent recensé par le BARPI ; les rétentions noyées ne retiennent plus les fuites.
  • Les établissements Seveso doivent prendre en compte l’inondation dans leur étude de dangers ; toutes les ICPE autorisées doivent prévenir les risques en situation dégradée.
  • Les barrières passives, déclenchées par l’eau elle-même, protègent les ouvertures sans électricité ni personnel, en complément de l’analyse de risque et du plan d’urgence.

Le changement climatique augmente le risque d’inondation des sites industriels : les pluies intenses deviennent plus fréquentes et plus fortes, et la hausse du niveau de la mer rend les submersions marines plus probables. Pour une installation classée qui stocke ou utilise des produits dangereux, l’enjeu dépasse les dégâts des eaux : une inondation peut noyer les rétentions, entraîner des produits hors du site et priver les dispositifs de sécurité de l’électricité et du personnel dont ils dépendent. Cet article fait le point sur ce que dit la science, sur la façon dont une crue devient un accident industriel (risque Natech), sur les obligations des exploitants d’ICPE et sur les mesures concrètes : diagnostic, protection des ouvertures, confinement des produits et plan d’urgence.

Rue résidentielle inondée avec un panneau stop et un pick-up stationné
Les routes inondées coupent aussi l’accès du personnel et des secours : la protection d’un site ne doit pas dépendre de leur arrivée à temps.

Changement climatique et inondations : ce que dit la science

Dans son sixième rapport d’évaluation, le GIEC conclut que la fréquence et l’intensité des fortes précipitations ont augmenté depuis les années 1950 sur la plupart des terres émergées disposant de données suffisantes, et que le changement climatique d’origine humaine en est probablement le principal moteur (GIEC, AR6 GT1, résumé pour les décideurs, en anglais, A.3.2).

Le mécanisme physique est connu : la capacité de l’air à contenir de la vapeur d’eau augmente d’environ 7 % par degré de réchauffement (relation de Clausius-Clapeyron), et les pluies intenses se renforcent à un rythme comparable, de l’averse de quelques heures aux cumuls saisonniers, ce qui aggrave l’aléa inondation (GIEC, résumé technique). À l’échelle mondiale, les pluies journalières extrêmes devraient s’intensifier d’environ 7 % pour chaque degré de réchauffement supplémentaire (B.2.4). À +2 °C et au-delà, les fortes précipitations et les inondations associées deviendraient plus intenses et plus fréquentes dans de nombreuses régions d’Europe (C.2.3). Enfin, du fait de la hausse du niveau de la mer, des niveaux marins extrêmes qui survenaient une fois par siècle devraient se produire au moins une fois par an dans plus de la moitié des marégraphes d’ici 2100 (C.2.5).

En France : pluies méditerranéennes et projections de Météo-France

Sur le pourtour méditerranéen, Météo-France indique que les événements dépassant 200 mm de pluie en 24 heures sont aujourd’hui deux fois plus nombreux que dans les années 1960, avec de fortes variations d’une année à l’autre, et s’attend à une augmentation de l’intensité des épisodes méditerranéens (Météo-France, épisodes méditerranéens). Pour l’ensemble du pays, dans la France à +4 °C de la trajectoire de référence pour l’adaptation (TRACC, horizon 2100), le maximum de pluie journalière pourrait augmenter de 15 % en moyenne, et jusqu’à 20 % dans la moitié nord (Météo-France, précipitations et changement climatique).

L’inondation, au sens large, est déjà le premier risque naturel en France : entre 1995 et 2019, les indemnisations versées au titre du régime Cat-Nat pour les inondations ont atteint 14,4 milliards d’euros (euros 2022), soit environ 577 millions d’euros par an (SDES, Chiffres clés des risques naturels 2023).

Les événements récents vont dans le même sens. Pour les pluies de juillet 2021 à l’origine des crues de l’Ahr et de l’Erft en Allemagne et de la Meuse en Belgique, le World Weather Attribution estime que le changement climatique a rendu un épisode d’une journée de ce type entre 1,2 et 9 fois plus probable à l’échelle de la région, et environ 3 à 19 % plus intense (voir aussi les leçons de l’inondation de la vallée de l’Ahr). En 2024, les débits ont dépassé le seuil de crue « élevé » sur 30 % du réseau hydrographique européen, l’étendue la plus importante depuis 2013 selon le rapport Copernicus sur l’état du climat en Europe 2024.

Pour approfondir les mécanismes, lisez notre article sur les pluies extrêmes et les inondations et notre guide comment se forme une inondation.

Pourquoi une inondation devient un accident industriel : le risque Natech

On parle de risque Natech lorsqu’un aléa naturel (inondation, séisme, tempête, canicule…) peut provoquer, sur une installation industrielle, un accident aux effets majeurs à l’extérieur du site. La mission interrégionale « Inondation Arc Méditerranéen » et la DGPR le rappellent dans leur étude de 2021 : ces interactions font l’objet d’une attention soutenue en raison du changement climatique, qui accroît la fréquence des phénomènes extrêmes (DREAL PACA / MIIAM, Risques d’inondation et ICPE sur l’arc méditerranéen, 2021).

Les retours d’expérience analysés par le BARPI dans la base ARIA, cités par cette étude, sont clairs :

  • le rejet de matières dangereuses est le phénomène le plus fréquent lors des inondations de sites industriels ;
  • la plupart des inondations causent d’abord des dommages matériels (moteurs, réseaux électriques, informatique, outils de production) ;
  • dans plus de la moitié des cas, l’arrêt des installations est impératif, et la remise en service s’étale sur plusieurs jours, voire quelques semaines ;
  • les causes profondes sont souvent organisationnelles : analyse de risque insuffisante, défauts de conception ou d’entretien des réseaux d’assainissement ou des rétentions.

Le Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) ajoute que les rétentions noyées ne peuvent généralement plus contenir une fuite, que les utilités (électricité pour la conduite et la mise en sécurité, refroidissement, eau d’extinction) sont souvent interrompues, et que les réservoirs peu remplis sont plus exposés à la flottaison (JRC, critères d’inspection Seveso « Natech », en anglais).

Un cas d’école : Arkema à Crosby (Texas), 2017

Lors de l’ouragan Harvey, l’inondation de l’usine Arkema de Crosby a privé d’électricité, alimentation de secours comprise, tous les entrepôts réfrigérés où étaient stockés des peroxydes organiques. Une partie des produits a été transférée dans des remorques frigorifiques sur un terrain plus élevé, mais trois d’entre elles n’ont pas pu être déplacées, ont été inondées et sont tombées en panne. Les peroxydes se sont décomposés et ont brûlé ; plus de 200 riverains ont été évacués pendant une semaine. Le Chemical Safety Board américain a conclu que les sites doivent s’assurer que leurs barrières de sécurité critiques ne peuvent pas défaillir toutes ensemble pour une même cause. L’OCDE, la CEE-ONU et le JRC ont publié en 2024 un guide sur la gestion de ces risques à l’intention des dirigeants ; l’annonce du JRC reprend ce même exemple (JRC, 2024).

Barrière anti-inondation relevée autour de la rampe d’un parking souterrain, retenant l’eau d’une rue inondée
Inondation en France, octobre 2021 : une barrière relevée empêche l’eau d’entrer dans la rampe d’un parking souterrain.

Inondation et ICPE : ce que demande la réglementation

  • Toutes les ICPE soumises à autorisation. L’article 47 de l’arrêté du 4 octobre 2010 modifié impose à l’exploitant d’organiser la prévention des risques « dans les conditions normales d’exploitation et dans les situations transitoires et dégradées » (texte sur AIDA, Ineris). Un site inondé, privé d’électricité ou de personnel, est typiquement une situation dégradée à anticiper.
  • Établissements Seveso. L’annexe III de l’arrêté du 26 mai 2014, qui transpose la directive Seveso III, prévoit que les inondations soient prises en considération dans les études de dangers comme source externe d’accident majeur, au même titre que les séismes. L’étude de la MIIAM note qu’aucun texte n’en précise la méthode ; l’Ineris a publié en 2014 un référentiel méthodologique sur la maîtrise du risque inondation dans les installations classées.
  • Urbanisme. Lorsque le site est couvert par un plan de prévention du risque inondation (PPRI), son règlement fixe les règles applicables en zone inondable : il doit être consulté avant tout projet.

Les contrôles montrent que le sujet reste à consolider. Selon la même étude, une action nationale menée en 2018 a recensé environ 350 établissements Seveso en zone inondable et donné lieu à près de 120 inspections : si l’aléa était globalement bien connu, la réflexion des exploitants semblait, pour la plupart des installations, insuffisamment aboutie pour être réellement opérationnelle et n’avait pas fait l’objet d’exercice. Sur l’arc méditerranéen, 64 % des ICPE soumises à autorisation ou à enregistrement et 78 % des établissements Seveso se situent dans l’enveloppe approchée des inondations potentielles (EAIP).

Évaluer le risque inondation de son site dans un climat qui change

  1. Caractériser l’aléa. Consultez Géorisques, le PPRI et les cartes des territoires à risque important d’inondation (TRI), sans oublier le ruissellement, les remontées de nappe, la submersion marine et l’historique du site. Notre article sur la façon de déterminer le risque d’inondation détaille ces outils.
  2. Aller au-delà de la crue de référence. Étudiez au moins un scénario plus sévère (niveau d’eau plus haut, orage intense sur le site), car les références historiques sous-estiment une partie de l’aléa futur.
  3. Croiser produits dangereux et hauteurs d’eau. Pour chaque zone de stockage : quels produits, à quelle hauteur, et que se passe-t-il si elle est inondée ?
  4. Recenser les entrées d’eau. Portes, quais, rampes, siphons de sol, gaines techniques et raccordements au réseau, dans les deux sens : eau qui entre, eau polluée qui sort.
  5. Traquer les défaillances de cause commune. Listez les fonctions de sécurité qui dépendent du réseau électrique, d’un groupe de secours, de pompes ou de la présence de personnel.
  6. Comparer délai d’alerte et délai d’action. Le JRC recommande de comparer le temps disponible avant l’arrivée de l’eau au temps nécessaire aux mesures d’urgence, et de combler l’écart.
  7. Mettre à jour. Révisez l’analyse dès que de nouvelles données d’aléa ou de nouvelles projections climatiques sont disponibles.

Les mesures de protection qui fonctionnent pendant l’inondation

Empêcher l’eau d’entrer dans les zones sensibles

Les ouvertures sont la principale voie d’entrée de l’eau. Les solutions se distinguent surtout par ce dont elles ont besoin pour fonctionner :

SolutionMise en œuvrePrincipale limite face à une crue rapide
Sacs de sable et barrières temporairesManuelle, à partir d’un stockPersonnel, matériel et délai d’alerte nécessaires ; souvent indisponibles la nuit ou routes coupées
Batardeaux amoviblesPanneaux stockés, posés par du personnel forméPrésence sur site et délai suffisant
Portes, vannes et pompes motoriséesEntraînement électrique ou hydraulique, souvent sur détectionDépendent de l’électricité ou du secours, que l’inondation peut couper
Barrières passives activées par l’eauRelevées par l’eau elle-mêmeDoivent être dimensionnées pour la hauteur d’eau attendue, posées et entretenues correctement
Murets et seuils surélevésPermanentsGênent l’accès et la circulation ; impossibles sur certaines ouvertures

Pour comparer ces technologies, voir notre article sur les barrières anti-inondation activées par l’eau.

Garder les produits dans le site, et l’eau hors des rétentions

  • Stocker les liquides dangereux au-dessus de la cote d’inondation attendue, ou dans des locaux dont les ouvertures sont protégées.
  • Ancrer les réservoirs et arrimer fûts et GRV pour qu’ils ne flottent pas.
  • Maintenir fermées les vannes de vidange des rétentions et protéger siphons et raccordements contre le refoulement du réseau.
  • Prévoir où seront retenues les eaux d’extinction si un incendie survient pendant l’inondation ; notre guide des barrières anti-déversement de produits chimiques traite de la rétention des déversements et des eaux d’extinction.

Prévoir la perte d’électricité et l’absence de personnel

Évitez les fonctions de sécurité qui reposent uniquement sur le réseau électrique. Placez l’alimentation de secours et les commandes critiques hors d’eau, et privilégiez, pour les ouvertures les plus sensibles, des dispositifs qui fonctionnent sans énergie ni intervention humaine. Le cas de Crosby montre pourquoi : le secours a défailli en même temps que l’alimentation principale.

Préparer la réponse : alertes et plan d’urgence

Les avertissements d’inondations sévères doivent déclencher des actions définies à l’avance. L’étude de la MIIAM recense les outils disponibles : vigilance météorologique, avertissement pluies intenses à l’échelle des communes (APIC), vigilance crues (Vigicrues) et avertissement aux crues soudaines (Vigicrues Flash). Le JRC recommande notamment de désigner une équipe chargée de mettre le site en sécurité, de sécuriser ou d’évacuer les objets susceptibles de flotter, d’ancrer les équipements légers, de prévenir les autorités si un accident Natech est possible et de former le personnel. Testez le plan par des exercices : une procédure jamais exercée fonctionne rarement de nuit, pendant une crue éclair.

La place des barrières automatiques

Les barrières passives répondent à deux faiblesses révélées par les inondations récentes : elles n’ont pas besoin d’électricité et ne dépendent pas de la présence de quelqu’un sur le site. La barrière anti-inondation automatique Eau Spillbarrier est encastrée au niveau du sol, en travers de l’ouverture. L’eau qui arrive s’accumule dans son bac et la fait flotter vers le haut ; des ressorts la replient ensuite en position verticale et étanche. Son fonctionnement est entièrement mécanique, sans énergie extérieure ; elle est réalisée en acier inoxydable AISI 304, fabriquée sur mesure pour la largeur de l’ouverture, avec des hauteurs de 0,30 m à 2,40 m.

Vue latérale d’une Spillbarrier relevée montrant les ressorts en acier inoxydable qui la maintiennent en position verticale
Une fois la barrière soulevée par l’eau, des ressorts la replient en position verticale et étanche, sans aucune énergie.
Barrière anti-inondation Spillbarrier en inox relevée à l’entrée d’une rampe, avec de l’eau qui s’écoule devant
Une Eau Spillbarrier relevée retient l’eau à l’entrée d’une rampe.

Lorsque l’enjeu principal est de retenir un déversement chimique ou des eaux d’extinction plutôt que d’empêcher l’eau d’entrer, la Chimie Spillbarrier fonctionne selon le même principe pour garder les liquides à l’intérieur d’un stockage ou d’un atelier ; son étanchéité pendant au moins 72 heures a été testée sous le contrôle du RW-TÜV.

Une barrière n’est qu’une couche de protection : elle ne remplace ni l’analyse de risque ni le plan d’urgence. La hauteur nécessaire, l’aptitude au passage des véhicules et l’interaction avec les réseaux d’évacuation sont validées pour chaque projet. Pour étudier un site en particulier, contactez notre équipe technique.

Eau Spillbarrier au repos, encastrée au niveau du sol devant l’entrée d’un bâtiment
Au repos, la barrière est au niveau du sol ; sa capacité de passage des véhicules a été testée sous le contrôle du RW-TÜV (DIN 1055).

La lecture charge la vidéo depuis Vimeo.

Le changement climatique aggrave-t-il les inondations ?

Oui, en particulier pour les pluies intenses et les submersions marines. Le GIEC constate que les fortes précipitations sont devenues plus fréquentes et plus intenses depuis les années 1950, principalement du fait des activités humaines, et projette une intensification des pluies journalières extrêmes d’environ 7 % par degré de réchauffement. En France, Météo-France observe deux fois plus d’épisodes méditerranéens dépassant 200 mm en 24 heures que dans les années 1960 (Météo-France).

Qu’est-ce qu’un accident Natech ?

C’est un accident technologique (incendie, explosion, rejet toxique ou pollution) déclenché par un aléa naturel comme une inondation, un séisme ou une tempête. L’inondation est un déclencheur fréquent : elle noie les rétentions, coupe l’électricité et le refroidissement et disperse les produits rejetés. L’incendie de l’usine Arkema de Crosby (Texas) après l’ouragan Harvey, en 2017, en est un exemple documenté.

Une ICPE doit-elle prendre en compte le risque inondation ?

Oui. Les établissements Seveso doivent intégrer l’inondation dans leur étude de dangers (annexe III de l’arrêté du 26 mai 2014), et toutes les ICPE soumises à autorisation doivent organiser la prévention des risques y compris dans les situations dégradées (article 47 de l’arrêté du 4 octobre 2010). Le règlement du PPRI s’applique en outre aux sites situés en zone inondable.

Un site situé hors zone inondable est-il à l’abri ?

Pas forcément. Les cartes représentent un événement de référence fondé sur l’historique ; un orage intense peut inonder un site hors zone cartographiée lorsque les réseaux saturent. Comme les pluies extrêmes s’intensifient, le diagnostic doit aussi tester un scénario plus sévère que la référence.

Comment une barrière anti-inondation automatique fonctionne-t-elle sans électricité ?

Elle utilise l’eau qui arrive comme source d’énergie. Dans l’Eau Spillbarrier, l’eau s’accumule dans le bac de la barrière encastrée au sol et la fait flotter vers le haut ; des ressorts la replient ensuite en position verticale et étanche. Aucune alimentation, aucun capteur ni aucune intervention humaine ne sont nécessaires à sa fermeture.